This Is How We Party

Il n’y a pas beaucoup plus mélancolique qu’un lendemain de soirée.

En vrac :

1) P. est un imbécile heureux à renier définitivement.

2) C. a un bien joli sourire. Une chance qu’il soit si maladroit et qu’il ait toujours faim

3) Les apparences sont parfois trompeuses. C.’, le « Scandinave » repéré il y a quelques jours était en réalité Luxembourgeois. Et célibataire. Il a de mauvaises habitudes de Français.

4) Les Brésiliens savent souvent être à la hauteur de leur réputation.

5) Il faut se méfier des Italiens, surtout des Milanais blonds aux yeux bleus. Ils n’aiment pas les staffeuses trop sérieuses. Ils ont des contacts dans la mafia, qui peuvent leurs fournir des cartes d’identité française. Ils embrouillent tout/tous sur leur passage, même les Chinoises les plus charmantes.

6) J. est une fille adorable. Dommage qu’elle boive toujours un peu trop. Dommage aussi qu’elle soit en mauvais termes avec nombre de performers, parmi lesquels J.’ et ses amies.

7) Les Coréens sont des êtres passionnants. La plupart d’entre eux préfèrent BigBang à SHINee. Ou plutôt SNSD, WonderGirls et 2NE1 à BigBang et SHINee. XD Ils sont attentifs et ouverts. Ils préfèrent le Soju au Malibu, mais pas au Champagne. Ils sont heureux d’échanger leur numéro de téléphone.

Of Dream And Drama

Song Ae ne sera jamais la femme d’un seul homme. Elle a le cœur trop faible pour cela. Une parole, un regard, un sourire, suffisent souvent à l’égratigner. C’est comme ça, depuis toujours.

Cela fait quelque temps déjà que Song Ae cherche les mots pour évoquer le cas “F”. Elle ne le fera pas aujourd’hui. Il lui faudrait davantage de temps pour cela. Car F n’est pas un garçon comme les autres, non. Il est leur superlatif à tous. Il est plus beau, plus grand, plus fort. Évidemment plus inaccessible. C’est sûrement l’une des raisons lesquelles elle l’a choisi.

Aujourd’hui, Song Ae se contentera donc d’une petite anecdote. Parce que oui, comme souvent, le destin aime lui jouer des tours . Du coup, il a placé F. dans son cours d’anglais. F. discute avec tout le monde mais dans le fond, il ne voit personne. Il parle beaucoup en classe. Je crois que Ruth l’aime bien. Elle sourit beaucoup. Et après tout, c’est bien compréhensible. A la fin de l’heure et demi, F. part rejoindre ses amis. Il disparait. Une heure et demi par semaine, ce n’est pas grand chose. Mais Song Ae s’en contente.

Seulement voilà, le hasard les a regroupé, mercredi dernier. Oh, juste pour une séance de “negociating“. Song Ae était une chef d’entreprise impitoyable. F. un distributeur avec des difficultés de livraison. Song Ae a bien essayé de tenir son rôle. “I’m sorry but you really have to do some efforts !” et tout le tralala. Seulement voilà, on n’a pas idée du pouvoir de persuasion de ce type de distributeurs. Ils ont tenté de négocier les délais de livraison pendant quelques minutes. 5 heures ? 4 heures ? Allez, 4 heures et demi ? Finalement, Song Ae a décidé de ne pas descendre en dessous de 5 heures. Il a accepté, mais avec un petit extra’ : si, par hasard, il était en retard d’une demi heure, est-ce qu’elle accepterait quand même la livraison, contre une invitation au restaurant ? Song Ae n’est pas une bonne comédienne. Ni une bonne négociatrice. Elle a souri , rougi, et puis, évidemment, elle a fini par accepter.

Song Ae ferait mieux de ne pas devenir chef d’entreprise.                                                                                                    Elle risquerait d’avoir quelques petits problèmes de trésorerie.

Dream Thieves

La première chose que l’on remarque en entrant, ce sont les quatre gros rétro-projecteurs, éparpillés un peu partout au milieu de l’auditorium. Sur les écrans, des noms. Ceux des candidats et ceux des écoles. Deux colonnes qui attendent d’être mélangées, pour le meilleur et pour le pire. La seconde chose que l’on remarque, c’est le silence. Ou peut être le monde. Le silence et le monde. Ce doit être la première fois que je sens l’auditorium aussi tendu. Les gens sont assis, un peu abrutis par l’enjeu. Je cherche une place. Je descends très bas. Je veux savoir. Je ne sais pas vraiment quoi, mais je veux savoir. A côté de moi, les gens s’interrogent. Les classements, les demandes, les examens, les universités. Ils ont peur.

Et déjà, un responsable se lève. Il rappelle les règles du jeu. Une proposition, un choix. Oui ou non. Ce n’est pas plus compliqué que ça. Ah, mais attention. Pas moyen de faire marche arrière. Il parle vite, sans émotion. Ce n’est la première fois qu’il présente les résultats. Ces yeux flottent au milieu des rangs. Il essaie de faire sourire son auditoire mais le silence est plus fort. Il ne se vexe pas. Oui, il doit avoir l’habitude.

Et puis soudain, tout commence. Les noms des universités s’égrainent. Comme ceux des étudiants. Certains se lèvent, d’autres s’enfoncent plus profondément dans leur siège. Il y a des larmes de joie, des larmes de rage. Des cris. Certains sont au téléphone. Premier, deuxième semestre ? Double diplôme ou pas ? Une vraie Bourse. La tension est étouffante. Je crois entendre Nagoya, mais non. Ah maintenant, si. Plus que deux places. Déjà. 50, 100, … Je reste, je pars ? Mais qu’est-ce que je fais ici, bon dieu ? Est-ce que je n’ai rien d’autre à faire ? Un asiat’ se lève, juste devant moi, un large sourire aux lèvres. Il part à Beijing, c’est bon ! Ses mains tremblent. L’enfoiré. J’entends des félicitations. Et des plaintes, sur ma droite. 170, 180, … Ah, déjà plus qu’une place pour Séoul. Mais pourquoi est-ce que je reste assise ? Ça va bientôt faire deux heures que je suis là. 250, 260, … Allez, c’est bon, j’en ai assez vu, j’y vais. J’ai mal à la tête, je suis tellement nerveuse que j’ai presque envie de vomir.

En haut de l’auditorium, ce sont d’autres regards, d’autres sourires. Les rangs sont un peu plus dégarnis. Les places se font rares. Les meilleures universités ont déjà disparue de l’écran. Partira ? Partira pas ? Je croise ma petite Rahmita en haut des marches. Tendue comme jamais. Tout à coup, elle se lève. Elle crie : d’accord. Je me tourne vers l’écran. Sogang University, Séoul. L’année prochaine. Rahmita. Elle s’écroule dans mes bras. Elle me dit des choses que je ne comprends pas. Deux mots résonnent dans mon crane. Sogang University. Elle vient de décrocher la dernière place. Elle était 268. Elle est tellement heureuse. C’est incroyable, pas vrai ? Je ne sais pas quoi répondre. J’aperçois Clémence, au bout de la rangée. Je traine Rahma jusqu’à elle, je l’abandonne. L’enfoirée.

Et maintenant ?

Nasty Naughty Boy

Pour l’une des premières fois de sa courte vie, Song-Ae a la désagréable impression de ne pas être appréciée par quelqu’un. Ironie du sort, ce quelqu’un est le garçon le plus charmant de son TD, l’un des plus séduisants de sa promo’. Ce n’est pas le plus bel homme qu’elle n’ait jamais vu, loin de là. Mais avec ses pantalons troués, ses cheveux en bataille et son sourire de gamin, il dégage quelque chose de terriblement troublant.

Ce quelqu’un est populaire évidemment. Il parle, il sourit. Il a l’habitude. Mais, curieusement, depuis le début de l’année, il y a comme un voile invisible qui les sépare. Song-Ae s’est beaucoup interrogée à ce sujet. Elle se souvient pourtant lui avoir parlé, en début d’année… Mais de quoi exactement ? Impossible pour elle de s’en rappeler. Sans doute que ces mots qu’elle a oublié dans l’instant l’ont marqué, lui. Ce ne serait pas la première fois, après tout.

Il y a quelques semaines encore, Song-Ae aurait pu détruire ce voile. Seulement voilà, avec sa fierté mal placée, elle a préféré en faire un mur. Un mur infranchissable. Song-Ae s’en est beaucoup amusée, pour donner le change. Mais, au fond, il l’a fait plus souffrir qu’autre chose. Il aurait presque tendance à raviver les souvenirs encore si douloureusement présents de C.. Et de A.. Evidemment.

Alors, il y a quelques jours, Song-Ae a décidé de le détruire. Mais aujourd’hui, elle a presque peur de s’en approcher. Elle le touche, de temps en temps. Elle le gratte un peu avec l’ongle du pouce. Mais pas suffisamment pour qu’il comprenne.

Et puis, mardi dernier, sans que rien ne puisse l’expliquer, un miracle s’est produit. Il présentait un exposé, avec son air d’enfant gâté un peu blasé de tout. Et, par le plus grand des hasards, son regard s’est posé sur elle. Song-Ae a reçu son sourire en pleine face, son sourire, son vrai sourire. Cela n’a pas duré plus d’une seconde, mais elle s’est sentie curieusement soulagée. Et mercredi, le hasard l’a assis à côté d’elle en anglais. Il lui a aussi donnée sa copie. Durant toute la correction, elle a senti son regard peser sur elle. Elle ne s’était jamais sentie aussi observée. Elle lui a fait des concessions, évidemment.

Et aujourd’hui, en allant imprimer sa lettre de motivation, Song-Ae l’a de nouveau aperçu, à travailler sur une table, dans un couloir. Il était de dos, elle a préféré faire mine de l’ignorer. Elle ne sait pas s’il l’a remarquée mais elle a eu un mal terrible à marcher droit, avec ses talons. Quand elle est revenue vers sa salle, il a bel et bien relevé la tête. Et il lui a dit : “Salut, ça va ?”. Avec un naturel  désarmant. Genre, on se connait bien. Song-Ae a failli s’effondrer sur le sol. Lacher son ordinateur et tout le tralala. Elle a essayé, sans grand succès, de se fixer un sourire sur le visage. Elle a oché la tête et elle s’est enfuit vers le plot A. Finalement, elle n’a même pas répondu.

Seulement, quelques secondes plus tard, le dos colé contre le mur du couloir, les mains crispées sur son ordinateur, elle souriait comme une débutante.